La Suisse romande est une terre de poésie continentale et mondiale qui s’ignore. La valorisation de son patrimoine transnational, avec Byron, Wordsworth, Hardy, Lamartine, Rilke, et des poètes nés sur ses terres, Cendrars, Jaccottet, souligne la place particulière de ce territoire dans la mondialité lyrique.

La Suisse, pays performant politiquement, économiquement, dans l’innovation et la formation, semble posséder une force réduite en littérature, lorsqu’elle se raconte à travers les trois « récits nationaux » appliqués à ses régions linguistiques. Elle apparaît alors comme la simple addition de trois périphéries littéraires (française, allemande et italienne), avec peu de synergies, instituant autant de « champs autonomes », dépendant en grande partie, dans une vision centralisée, des « capitales » littéraires des pays limitrophes. Pourquoi ce modèle national, valable pour la France, reste contreproductif poétiquement ? D’une part, parce que la Suisse amène à penser le contact avec d’autres langues, par sa culture politique et culturelle, à favoriser la compréhension, l’échange, notamment par le biais de la traduction ; d’autre part, les moyens d’action et d’intervention en éducation ou culture y sont exceptionnels, tant par la densité du réseau, par son goût de l’innovation que par les institutions qui le soutiennent. En somme, la Suisse pourrait offrir un espace d’expérimentation autonome, transnational, translinguistique, transculturel, se comprendre comme une petite «Europe poétique» (ou culturelle).